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Maroc - Ketama


de Matthieu, 02-06-2005

Les montagnes vertes de Ketama


Apres 2 jours dans la tres (trop) jolie ville de Chaouen, on repart vers Al Hoceima en traversant
les montagnes du Rif.
Arrivés a Ketama apres 1 heure de conduite en plein brouillard (visibilité 10 metres !), on
decide de chercher Ahmed, chez qui Tanguy avait fait sejour il y a 2 ans.
Mohammed, rencontre au carrefour, decide de nous guider pour essayer de trouver le fameux Ahmed
mais nous n'avons pas beaucoup d'indications, Tanguy ayant ete assez sommaire dans son email...

On se retrouve bientot poursuivi par plusieurs voitures qui pensent que nous sommes venus pour le business car on se trouve ici en plein coeur de la region qui produit tout le Haschich du pays (1er producteur mondial...)
Apres une queue de poisson et quelques explications, nos poursuivants nous lachent mais
impossible de trouver le fameux Ahmed.
Notre ami Mohammed nous propose de passer la nuit chez lui et de reprendre les recherches demain.
Ouaha (d'accord) !
La maison de son pere se trouve dans le petit village d'Azila, au milieu des champs de Kif, seule culture de ce village avec les noyers. Ici il fait froid et en hiver il peut y avoir 2
metres de neige.

Le mercedes est garee dans un garage, a coté d'une cousine 280 Essence aménagée spécialement pour le transport du Haschich.
On nous installe dans la grande piece reservée aux invités (on decouvrira plus tard que toutes
les maisons en sont équipées) avec banquettes, tables et couvertures pour la nuit.
On nous sert ensuite ce que nous pensons etre le diner : pain cuit au four de la maison, oeufs
durs, huile d'olive, the a la menthe.

Les gens sont extremement accueillants et simples alors que nous pensions trouver mefiance et embrouille dans ce triangle d'or marocain.
Tout le monde vit bien sur du Kif qui pousse partout et avec la benediction du roi (la culture est autorisée dans toute la province d'Al Hoceima). Les graines sont semées au mois 3 (mars) puis les plants sont recoltés aux mois 7 et 8. En ce moment, il n'y a pas beaucoup de travail a faire, a part la tache (effectuée par les femmes) d'arracher les plants males pour eviter qu'ils ne pollenisent les plants femelles qui produisent la fleur a partir de laquelle le Hasch est tiré.

Comme en France et en Espagne, tout le monde nous parle de la grande secheresse de cette année et les fellahs (paysans) sont tres inquiets pour le millesime 2005. C'est vrai que les plants qui sont loin des oueds et pas arrosés sont tout petits. J'espere que la secheresse ne touche pas l'Afrique de l'Ouest cette annee, on verra ca dans quelques semaines.

Apres la recolte et le sechage, les plants avec leurs fleurs sont placés sur un linge au dessus
d'une grande assiette et battus pour que la poudre de pollen tombe a travers le tissu dans
l'assiette. Cette poudre est ensuite pressée a la main ou avec un presse et donne la premiere
qualité qui reste ici pour la consommation locale et est exportée en majorité vers les Coffee Shop de Hollande. il faudra 1 kg de plants pour faire un kilo de Hasch...
Les plants sont a nouveau battus successivemet et de plus en plus forts pour donner les deuxieme et troisieme qualités exportées en Espagne puis en France.
Les acheteurs (grossistes) viennent directement chez les paysans et assistent au battage et à la
presse pour etre surs de la qualité du produit. Ils sont hollandais, francais, espagnols, anglais marocains. Le kilo se négocie cette année à 10 000 Dirhams, soit environ 1000 euros.
Reste ensuite à passer la douane (en arrosant les douaniers marocains, apparement aucun
probleme) et a rejoindre les cotes espagnoles ou il sera ensuite coupé.
A partir de ce qui reste apres les 3 premieres qualités est produit l'huile de haschich (Zit).

Avec 10 kilo de mauvais haschich dilué dans de l'alcool a bruler (avis aux amateurs...) et cuits dans une marmite, on produit un kilo de cette huile tres concentrée et plus tres naturelle...
Ici, les gens (les hommes...) fument bien sur la premiere qualité partout et tranquillement.

C'est au cours de ces explications que le fameux Ahmed apparait ! Il nous a trouvé la on ne sait
pas trop comment (il habite à 45 minutes de piste d'ici).
Embrassade, presentations, demande nouvelles de la famille et des amis. A l'haleine, il a deja
pas mal picolé...
Comme Ahmed est infirmier chef de groupement (pour 4 villages qui representent env 4500
personnes), on lui presente le père de la famille qui a été operé de l'appendicite par des
chirurgiens chinois qui ne parlaient que chinois et il n'a donc rien compris de ce qu'il doit
faire avec son pansement et sa cicatrice...
Apres cette seance de soins, on decide de tous rester chez nos hotes pour la nuit et de rejoindre le dispensaire le lendemain matin.

Ce qu'on pensait etre le diner n'etait en fait qu'un amuse gueule... Ahmed (n°2), le frere de
Mohammed, a tué un poulet qui nous est servi avec des legumes : delicieux.
Apres le diner, Ahmed sort discretement une bouteille de gin de son sac plastique noir, et nous en sert un verre (lui et moi uniquement). Le gars qui picole pourtant tous les jours n'a pas l'air de bien tenir, ou il a deja beaucoup bu avant.
On assiste a la transformation du docteur Jekill en Mister Hide. Il parle fort, se repete, parle politique, critique sans arret les paysans (il est Fonctionnaire, eduque et citadin) qui n'y connaissent rien et bientot on entend plus que lui. Assez genant avec nos hotes musulmans qui pourtant ne lui diront rien...
Nous on se dit qu'on ne va pas s'eterniser avec cet ivrogne qui a le vin triste.
Le lendemain, apres le copieux petit dejeuner, on part pour le dispensaire ou travaille Ahmed,
pas trop stressé par les horaires. La piste nous revelera qu'il va vraiment falloir rehausser la
merco qui touche pas mal au niveau du pot.
Une fois garés et les quelques malades qui attendaient la soignés (une fillette tombée d'un
arbre, une injection a un petit en pleine crise d'allergie (au cannabis ?)), on part visiter le
Douar de Attout.

Comme a Azila, des champs de Kif partout, mais comme il fait moins froid il y a en plus des
noyers, des oliviers, un peu de blé, des cerises, des abricots, du tabac (pour melanger au feuilles de kif fumées a la pipe) et potagers.
Ahmed, en tant que fonctionnaire du village, se fait nourrir par ses patients et nous en
profitons aussi. Comme il n'a pas encore bu, il est tres calme et plutot discret. Dans la
journée, on visite un patient (pour une injection).
Tous les gens que nous croisons nous invitent a diner... Bien sur l'ambiance est plutot
masculine, les femmes que nous croisons sur le chemin se detournent en géneral.
Barbara va quand meme passer un moment avec les filles de nos hotes du dejeuner de midi, mais ici les femmes ne parlent que berbere et un peu d'arabe, donc c'est plutot le langage des mains...

On rentre au dispensaire ou des jeunes curieux nous attendent pour discuter. Je refile discretement a Ahmed la bouteille de pastis achetée sur le bateau pour prendre l'apero un peu plus tard : erreur fatale. On a finalement decide de partir le surlendemain, Ahmed nous a propose de voir toutes les etapes de la fabrication du Haschich. Il est a nouveau tres sympa et heureux qu'on lui "casse sa routine".

Je discute avec les jeunes du village quand Ahmed arrive et chasse tout le monde : il a attaqué le pastis en solo...

Il nous emmerde tellement le soir (je passe les details) et surtout nos nouveaux hotes chez qui
il renverse les plats, crache par terre, insulte tout le monde, que je dois prendre sa bouteille
et aller la vider dans le jardin (il parait que Tanguy avait fait la meme chose il y a 2 ans) et
lui annoncer notre depart le lendemain.
Les marocains sont hyper patients, je ne sais pas si c'est le hasch qu'ils fument ou vraiment
dans leur caractere, mais en France, ca se serait tres mal termine pour Ahmed.
Apres le couscous marocain prepare pour nous, On l'amene finalement chez un ami (qui s'est aussi fait insulté toute la soiree) et on dort la.
Le lendemain, Docteur Jekill est a nouveau sympa mais on lui annonce qu'on s'en va. Les
Marocains lui confirment qu'il a fait des choses pas acceptables la veille.
On boucle les bagages et prepare la voiture et pendant ce temps, Ahmed en profite pour se
reprendre un coup de pastis qui a visiblement pas mal d'effet sur lui.

On devait le deposer au souk de Ketama mais on ne pourra meme pas lui dire au revoir vu son etat.

Incapable de parler, allonge dans la cour du dispensaire aux yeux de tous, bavant... Decidement, les musulmans ont un probleme avec l'alcool...Je le porte dans son lit avec Abdelsalam (d'ou il tombe) et on s'en va un peu comme des voleurs apres avoir distribué la moitié des vetement emmenés. Genereux donnateurs, sachez que vos habits equipent maintenant les cultivateurs de Kif...
Direction Ketama ou Barbara achete qq fruits avec Abdelsalam pour le voyage puis on quitte la
region pour Nador, a la frontiere avec l'enclave espagnole de Melilla.

PS : Tanguy, merci pour l'adresse, tu as le bonjour d'Ahmed (dans un dernier filet de bave...)





Commentaires sur cet article
Nezha
Ouaip,
Merci de ne pas confondre vrai musulman et faux musulman, sachant que la première catégorie est une espèce en voie d'extinction.
Et merci de ne pas confondre marocain et musulman. Perso, je suis marocaine, berbère, et dans ma tribu, l'islam ne nous "touche" pas.
 
badr
un recit fascinant que le votre seulemnt j'ai remarque un petit detail je ne sais pas si c'est premedite ou involontaire mais ovu confondez marocain et musulman perso ca m fait ni chaud ni froid mai kelk1 d'otre le verra comme une offense a l'islam puisk unVRAI musulman ne boit pas.merci en tt cas pour ce recit et boonne chance.
 
amine
je trouve que cet article ne reflete pas la vrai personalité des musulmans ni des marocains d'ailleurs. on vous recoits , vous passez vos vacances comme vous voulez sans presque rien payé

merci!
 

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