
Hola amigas/os!
Ca se voit qu'on a le cyber à côté de la maison...
Ca fait déjà un mois et 2 jours qu'on est en Afrique, ça passe vite! Mais ici le temps récupère son rythme.
Les jours à Bamako sont paisibles, on s'assoit sur le tapis dehors, on boit du thé, on mange, on discute et surtout, on rigole beaucoup. On est avec nos amis algériens, à l'auberge, Brahim s'est autoproclamé animateur des soirées. Ses "emmanuels" (façon touareg de dire "email") vont faire le tour du monde. Il attend le A-380 à Kidal en 2006, pour le charger de chameaux.
Le passage par la Mauritanie fut bref mais très bien et intéressant, une toute autre ambiance aussi. Six jours en total, dans 3 mondes complètement différents. Les deux premiers jours passés à Nouadhibou, chez "Abba", nous ont permis de constituer le premier Gouvernement de Fous de la ville, dont Matthieu était le premier ministre.
Le premier jour on a partagé nos chambres avec l'équipe de foot de Nouakchott (NKT), venue disputer un match contre son homologue de Nouadhibou (NDB). Beaucoup de sénégalais parmi les joueurs. Malheureusement, ils ont perdu le match car les 7 heures de route entre les 2 villes, avec ses 60 km de piste puis les 6 personnes par voiture (Merco 190), les avaient épuisés. Ils sont repartis vers NKT le soir même. Rebelote.
Les travailleurs du campement sont pour la plupart sénégalais, NDB étant la capitale économique du pays, beaucoup de personnes de la sous-région vont y travailler. Ca m a bien fait plaisir de discuter avec eux, vu qu on ne peut pas aller au Sénégal.
Le lendemain, un groupe assez nombreux de jeunes peuls (al pulaar) mauritaniens s étaient réunis au campement pour faire un bilan de la récente venue de Baba Maal à la ville. Ce sont des jeunes qui sont dans des associations et qui s occupent de l organisation des évènements culturels de toute sorte dans la ville.
Grâce à eux, on a mangé notre premier « tiep bu dieñ » (riz au poisson pour ceux qui n ont pas la chance de connaître mon plat sénégalais préféré). Ils avaient préparé pour l occasion et comme on était là, on a été invités. Le soir c était le méchoui. Pas mal non plus. En tout cas, on a mangé plus de tiep que de bosse de chameau en Mauritanie !
A NDB, on a vu le cimentier de bateaux dans le port (impressionnant, vu dans le film d Abderrhamane Sissako, « En attendant le bonheur »), le Cap Blanc avec sa réserve de phoques moines (elles se baignaient tranquillement), un bateau marocain échoué sur la plage, l immense trafic de bateaux de pêche du monde entier (les côtes les plus poissonneuses au monde) et le train le plus long d Afrique qui transporte le fer des mines de Zouerate, jusqu à NDB. Je ne pouvais pas le manquer ce train, Matthieu m en a parlé depuis longtemps. Il fait 2 km de long, presque 200 wagons, 3 locomotrices, et transporte une centaine de tonnes de fer par wagon. Vous pouvez faire le compte, de plus, il y a un train par jour ! Tout ce fer part à l étranger tous les jours. C est d ailleurs pour ça que l ouguiya mauritanien (1Euro = 400 UM) est indexé sur le dollar, parce que la Mauritanie exporte des matières premières.
On apprend pas mal de choses avec le routard, n est-ce pas ?
On a appris aussi que la Mauritanie a du pétrole. L année prochaine ils commencent à l exploiter. Les américains l ont cherché et ils l ont trouvé. C est une bonne et mauvaise nouvelle. Tout le monde sait ce que le pétrole apporte aux pays producteurs : beaucoup d argent pour les dirigeants, très peu pour le peuple. Puis aussi, des problèmes avec l oncle Sam, beaucoup de problèmes. Donc, ils sont contents et en colère à la fois. Ils ont la pêche, ils n en voient rien, ils ont le fer, ils n en voient rien non plus, ils vont avoir le pétrole et qu est-ce qui va leur rester ? Beaucoup de personnes nous ont fait cette analyse désespérée.
Pourtant, il n y a que 3 millions d habitants dans un pays deux fois plus grand que la France. Relativement facile à nourrir et c est quand même la misère.
Une autre nouvelle qu on a appris là-bas c est l annulation de la dette par le G8 (14 pays d Afrique dont la plupart en Afrique de l Ouest). Raison de plus pour pouvoir bien faire les choses. Inch Allah !
De NDB, on a quitté pour NKT. 450 km, dont 60 de piste de sable et tôle ondulée, mais très facile. On a fait le voyage en convoi toubab, avec un couple de suisses qui sillonnent le désert depuis depuis. Ils avaient une grosse 4x4, au cas où. Sur la route on a croisé un camion rempli à bloc d hommes qui avaient l air d être des candidats à l émigration clandestine. J espère me tromper de tout coeur, malheureusement c est la route vers El Dorado européen. Ca m a vraiment fait très mal, surtout que ce sont de pauvres gens qui laissent toutes leurs économies à des mafias sans scrupules pour une vie meilleure qui ne le sera sûrement pas. Ce sont les derniers romantiques du monde, d après Tony Gatlif, les seuls capables de laisser leur vie pour un rêve.
NKT c est la grande ville, on a seulement fait 2 jours. On a rencontré des amis à Sophie, (merci encore) Magali et Cyril, qui vivent et travaillent là-bas. Ils nous ont très gentiment accueilli chez eux, et nous ont présenté leurs amis avec qui ont a passé une super belle soirée. Accompagnée de 4 dorades grillées au feu de bois. On s est aussi baigné pour la dernière fois dans la mer. Qu est-ce qu on l a regrettée après ! Belles plages à NKT, disons qu il n y a que ça. J ai également fait la connaissance de Ramon, espagnol qui dirige un Centre de Langue Espagnole à NKT. Beaucoup de mauritaniennes vont accoucher à Las Palmas de Gran Canaria, presque en face mais déjà l Espagne.
Départ de la Kapitale vers le désert, et cette fois c est vrai. Entre NDB et NKT, le désert longe la mer, il ne fait pas une chaleur épouvantable. Mais celui de l intérieur du pays autour de la Route de l Espoir est vraiment chaud chaud, très très chaud, super extra méga chaud ! On l a fait, ça n a pas duré longtemps, mais c était chaud.
La Route de l Espoir, en très bonne état, bien goudronnée, c est la seule route qui relie la Mauritanie au Mali, elle existe depuis longtemps. Ca peut être aussi la Route du Désespoir pour certains, pour les ânes, vaches, chameaux, chiens et chèvres qui sont renversés par les camions et les voitures. Il faut dire que les ânes par exemple ne bougent pas de la route, on a beau les klaxonner, ils ne bougent pas. On nous a même raconté une blague : un âne, une chèvre et un chien, attendent le taxi brousse. Le taxi arrive, le chien et la chèvre montent. L âne reste car il n y a plus de place. La chèvre descend sans payer, le chien oublie sa monnaie. C est pour ça que l âne ne bouge pas, parce qu il attend toujours, la chèvre part en courant quand elle voit la voiture car elle n a pas payé et le chien court après le taxi parce qu il a laissé son argent. En tout cas, on a perdu le compte des cadavres vus sur la route.
On a fait la route en 2 jours, s arrêtant dormir dans un campement maure, invités par le fils de la famille. On l avait pris en stop pour aller à la ville la plus proche, Mahtar Ladjar (je crois que ça s écrit comme ça), déposer sa femme au dispensaire car elle n allait pas bien du tout. La grande mère était morte et pendant qq jours, beaucoup de gens sont venus dans le campement lui dire au revoir. Il fallait préparer à manger pour tout ce monde, très fatigant pour les femmes. On lui a diagnostiqué une crise de palu sans faire la goûte épaisse. Donc, elle devait rester un peu au dispensaire. En attendant, on a vu un accouchement en direct life, à l entrée du dispensaire, par terre, une femme aidée de 2 autres femmes avec chacune un bébé sur leur dos, puis l infirmière dont les seuls instruments étaient des gants et une balance pour peser le bébé. Je n ai pas attendu la fin, les cris de la bonne femme m ont suffi pour me dire que ce n était peut être pas ma place. On a quitté le dispensaire et notre ami, Da, nous a proposé de dormir avec eux dans le campement, en attendant que sa femme se récupère. Il ne pouvait pas s adresser à sa femme directement car la belle famille était là. Il n avait pas le droit non plus de dormir sous la même tente qu elle. Question protocolaire maure oblige.
En guise de remerciement, les femmes m ont fait un tatouage de henné sur les mains, très beau, j ai tout noté dans ma tête pour pouvoir montrer la technique à Marie (Bonpain). On a mangé le couscous maure le soir et on a dormi sur une dune à la belle étoile. La femme de notre hôte est rentrée du dispensaire (Matthieu faisait le taxi) et le lendemain elle allait mieux.
Heureusement que la nuit il fait un peu frais ! Sinon, la journée il vaut mieux pas trop bouger, pour ne pas transpirer comme une piscine.
La deuxième nuit dans le désert on voulait dormir à la belle étoile aussi mais seuls. On a choisi l endroit, installé notre campement, pris une douche bien chaude (l eau du jerrycan devait être à 30° !) et vers 23h, quand il a commencé à faire frais, on a mangé, puis on s est couché. Ca a duré 10 minutes, un orage violent a éclaté, on a démonté le campement en 2 secondes chrono, puis on a repris la route vers Ayoun el Atrous, la ville la plus proche. Déjà à la frontière. On a finalement dormi dans un hôtel climatisé, une très bonne nuit quand même.
Puis le lendemain, on est rentré dans le Mali par Nioro du Sahel, où l on est resté 2 jours en attendant de se reposer et de pouvoir partir tôt pour faire la route jusqu à Bamako sans s arrêter. On a fait 104 km de piste jusqu à Diéma, on a mis 5 heures ! Puis 180 km de tôle ondulée. Après, c est fini. Cette route sera entièrement goudronnée entre 2006 et 2007. On est arrivé à Bamako à 19h, on a mis 12 heures en tout.
On a quitté le désert pour retrouver le Mali tout vert avec la saison des pluies. Beaucoup de vaches, chevaux, même quelque chameau sur la route en train de brouter de l herbe. Ca fait plaisir après tant de sécheresse !
Plein des manguiers tout le long de la route, des arbres immenses, des champs vert fluo, de l eau, un paysage complètement différent.
Arrivée triomphale à Bamako, à l auberge d Ahmed, où l on est très très bien.
Et je vous laisse car ça fait 3 heures qu on est là !
Bisous à toutes et à tous,
Barbara
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